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Gabriel de Broglie

 

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En quelques mots

Aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours ressenti le français comme une fibre de mon être. L'amusement de mes jeux d'enfant, l'impression de mes premières lectures, la force de mes premiers sentiments n'ont jamais été séparés de la découverte des mots et des phrases qui les traduisaient. Langue maternelle, mais davantage langue d'enfance, langue d'adolescence, langue de maturité. Et aussi langue gardienne, langue heureuse, langue laborieuse. Une grande partie de mes plaisirs et une plus grande partie de mon travail ont consisté à vivre des ressources du langage, à recevoir et à émettre ses paroles, à observer leur plénitude, leur précision et leur beauté, m'en nourrir comme d'un aliment nécessaire et désiré. Je n'ai jamais lu un livre sans chercher à savoir comment cela était fait, de quelle encre et par quel travail. Je n'ai jamais écrit une page sans solliciter le secours de la langue. Fibre de mon être, perception de mes sens, paysage de mon activité : j'ai vécu du français comme on respire le bon air.
A partir d'un moment que je ne puis préciser, j'ai fait plus que respirer, j'ai humé. Le souffle de l'émotion a enveloppé notre échange. J'ai éprouvé pour le français un sentiment profond et intime qui n'était pas l'amour avec ses déceptions, ni la passion dévorante, mais l'émerveillement. On aime le mouvement du ciel, le courant des rivières, la poussée de la sève, le battement du sang et l'harmonie des visages. C'est ainsi que j'ai aimé ma langue. J'ai vécu avec le français comme on se réchauffe d'affection. Et je tâche de mobiliser les forces vives du français.

(Gabriel de Broglie).