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Remise des prix 2009

à

Monsieur Bernard Faivre d'Arcier,

Président des Biennales de Lyon (Danse et Art contemporain)
Conseiller artistique du Festival "Automne en Normandie"

et au

Musée national des arts asiatiques Guimet

représenté par son directeur

M. Jacques Giès


lundi 12 avril 2010
(Grande Salle des Séances du Palais de l'Institut de France)

La 14e cérémonie annuelle de remise des prix de la Fondation culturelle franco-taïwanaise de l’Académie s’est déroulée le lundi 29 mars dans la Grande salle des séances. Après quelques mots d’ouverture, le président Jean Mesnard a passé la parole au secrétaire perpétuel, Michel Albert, puis au ministre taïwanais de la Culture, Sheng Chih-Jen, tous deux statutairement co-présidents de la Fondation. A l’issue de son discours, le ministre a remis leurs diplômes aux deux lauréats 2009 : Bernard Faivre d’Arcier, ancien président du Festival d’Avignon, président des Biennales de Lyon, conseiller artistique du festival "Automne en Normandie", et le Musée Guimet, représenté par son directeur Jacques Giès.

Après la cérémonie, le secrétaire perpétuel et le ministre, se sont rendus dans le salon Maurice Genevois pour y signer la nouvelle convention quinquennale qui liera l’Académie et le Conseil national des Affaires culturelles à partir du 1er janvier 2011. L’année 2011 sera l’occasion de célébrer le quinzième anniversaire de la Fondation culturelle franco-taiwanaise, vouée au rapprochement culturel entre Taïwan et l’Europe.


De gauche à droite : le Représentant de Taiwan en France S.E. Michel Lu, Bernard Faivre d’Arcier, le secrétaire perpétuel Michel Albert, le président Jean Mesnard, le ministre de la Culture Sheng Chih-Jen, Jacques Giès, le directeur du Bureau des Affaires culturelles internationales Hsu Geng-Hsiu, le directeur du centre culturel de Taiwan à Paris Chen Chih-Cheng.

 

Intégralité des discours prononcés lors de la cérémonie:


Allocution de M. Michel Albert,
Secrétaire perpétuel de l'Académie

Monsieur le Ministre,
Monsieur le Chancelier
Messieurs les Secrétaires perpétuels,
Monsieur le Représentant,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs les Sénateurs,
Mes chers confrères,
Mesdames et Messieurs,

Permettez-moi tout d’abord de me tourner vers Monsieur le Ministre Sheng, que nous avons l’honneur d’accueillir pour la première fois dans le Palais de l’Institut, et de lui souhaiter la bienvenue au nom de l’Académie des sciences morales et politiques.

Vous êtes, Monsieur le Ministre, le neuvième Président du Conseil national des Affaires culturelles depuis la création, en 1996, de la Fondation culturelle franco-taïwanaise par votre prédécesseur, Madame Cheng Su-Ming, et par mon prédécesseur, Pierre Messmer. À ceux qui pourraient trouver excessive la vitesse de rotation des ministres aux éminentes fonctions que vous occupez, je rappellerais que, pour la même période, la France a compté huit ministres de la Culture. D’aucuns pourraient alors malicieusement demander pourquoi notre Académie n’a vu se succéder à sa tête, dans le même temps, que trois secrétaires perpétuels. Je leur répondrais tout aussi malicieusement qu’il ne sied pas au grand âge, 178 ans pour notre Académie, de faire preuve de précipitation – et aussi qu’un secrétaire perpétuel a besoin de durer quelque peu pour avoir l’illusion qu’il est perpétuel.

En fait, la raison profonde, la vraie raison de cette différence est que le temps académique, avant tout temps de la réflexion, est autre que le temps politique, avant tout temps de l’action. En mécanique, on parlerait de deux arbres tournant à des vitesses différentes et qu’il conviendrait, pour un maximum d’efficacité, de coupler par un engrenage. L’engrenage, l’élément qui assure la jonction et donc la synergie des deux arbres, c’est la fondation, en l’occurrence la Fondation culturelle franco-taïwanaise. Depuis quatorze ans déjà, elle permet une collaboration harmonieuse entre le Conseil national des Affaires culturelles et l’Académie des sciences morales et politiques dans la poursuite d’un objectif commun : encourager tous ceux qui s’efforcent, dans le foisonnant domaine des arts aussi bien que dans le vaste domaine des sciences humaines, de jeter des ponts culturels entre Taïwan et l’Europe.

Affirmer dans cette enceinte que la culture européenne est riche d’une impressionnante diversité n’est rien de moins qu’un truisme. En revanche, la même assertion à propos de la culture taïwanaise ne s’impose toujours pas comme une évidence, en raison d’une méconnaissance, encore trop grande sur notre continent, de la richesse et du dynamisme de la vie culturelle à Taïwan. Les Occidentaux ont souvent du mal à apercevoir la Taïwan culturelle dans l’ombre immense que projette la grande Chine. De plus, les prouesses économiques de Taïwan tendent encore trop souvent à monopoliser l’attention au détriment d’autres domaines. Enfin, le matérialisme de notre époque, d’une part, et, d’autre part, le foisonnement protéiforme, anarchique et déroutant de l’information ne sont guère propices à la mise en valeur sereine de la culture, des humanités et des sciences sociales.

Aussi l’action que mène la Fondation culturelle franco-taïwanaise nous apparaît-elle plus nécessaire que jamais. C’est un point de vue qu’assurément, Monsieur le Ministre Sheng, vous partagez puisque vous êtes venu de Taïwan non seulement pour coprésider la présente cérémonie, mais également pour renouveler pour les cinq années à venir la convention qui lie nos deux institutions.

La Fondation culturelle franco-taïwanaise a depuis quatre ans, on le sait, étendu son ambition à toute l’Europe. Pourtant, ce soir, nos deux lauréats sont français. À ceux qui pourraient s’en étonner, je ferai remarquer qu’aucun des deux lauréats de l’an dernier n’était français. Et j’ajoute aussitôt qu’il ne faut nullement voir là le fruit d’un quelconque calcul du jury, mais bien plutôt la preuve de la grande liberté avec laquelle ce jury fixe ses choix, loin de toute considération stratégique. Choix parfois difficiles quand il faut, provisoirement du moins, laisser d’excellents candidats sur le bord du chemin.

Choix difficiles, mais qui, après un examen approfondi des dossiers, ont toujours emporté l’adhésion unanime des membres du jury, Taïwanais et Français. Ce fut à nouveau le cas en septembre 2009, lorsque nous nous sommes réunis à Taïpei. Il est apparu très vite que Monsieur Bernard Faivre d’Arcier, d’une part, et le Musée Guimet en la personne de son directeur, Monsieur Jacques Giès, d’autre part, répondaient idéalement aux objectifs de la Fondation.

Deux lauréats français donc, qui partagent un penchant à la fois passionné et raisonné pour les expressions artistiques de l’Asie et, particulièrement, de Taïwan. Craignant de n’être pas suffisamment qualifié et de ne pas pouvoir être exhaustif, je vais laisser aux deux lauréats le soin d’évoquer les actions qu’ils ont déjà réalisées et celles qu’ils projettent de mener en collaboration avec Taïwan, tant dans le domaine de la muséologie que dans celui des arts de la scène. Je me contenterai d’indiquer ici l’élément qui a emporté l’adhésion du jury lors de l’examen des dossiers de candidature.

Bien plus encore que l’intérêt que nos lauréats portent aux arts plastiques et aux arts de la scène de Taïwan, c’est l’œuvre accomplie en termes de vulgarisation et de diffusion auprès du plus large public possible qui a retenu l’attention du jury. Il est sans doute superflu de rappeler la place éminente dans le monde des arts asiatiques qu’occupe le Musée Guimet, magnifique et vivante vitrine qui, sous la direction de Monsieur Giès, s’ouvre à l’art contemporain de Taïwan et accueille aussi dans son auditorium des musiciens et des cinéastes taïwanais. Tout aussi superflu est le rappel du Festival d’Avignon 1998 dont Monsieur Faivre d’Arcier a fait un formidable tremplin pour le théâtre de Taïwan en France et en Europe.

L’autosatisfaction est, paraît-il, un travers haïssable. Pourtant, c’est sur une pareille note qu’avant de vous laisser la parole, Monsieur le Ministre, j’aimerais conclure. Le jury de notre Fondation, réuni en septembre dernier à Taïpei, a fait un excellent travail. Les deux lauréats auxquels, dans quelques instants, vous allez remettre leurs diplômes, en sont l’évidente preuve. Ils sont aussi, pour la Fondation culturelle franco-taïwanaise, un encouragement à poursuivre longtemps encore son action.

Je vous remercie de votre attention.

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Allocution de M. Sheng Chih-Jen,
Président du Conseil des Affaires culturelles de la République de Chine à Taïwan

Monsieur le Président,
Monsieur le Secrétaire perpétuel,
Monsieur le Chancelier,
Mesdames et Messieurs les Académiciens,
Mesdames et Messieurs les Sénateurs,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs,

Permettez-moi tout d’abord d’adresser à Monsieur le Secrétaire perpétuel mes sincères remerciements pour son accueil et pour ses chaleureuses paroles de bienvenue. Je me sens très honoré d’être parmi vous ce soir dans cette splendide salle de l’Institut de France, pour coprésider la 14e cérémonie de remise des prix de la Fondation culturelle franco-taïwanaise.

Vous avez opposé, Monsieur le Secrétaire perpétuel, le "temps académique" au "temps politique". Il me semble que vous touchez là à ce qui différencie radicalement le "temps de la culture" du "temps de la politique". Ce dernier a un cours saccadé, changeant, qui s’inscrit dans l’éphémère. Le temps de la culture, au contraire, a un cours tranquille, continu, qui s’inscrit dans la durée. La civilisation grecque, plus que deux fois millénaire, puis la Renaissance et enfin la culture moderne et contemporaine de l’Occident font preuve d’une vitalité qui leur permet de transcender non seulement le temps, mais également l’espace puisqu’elles ont su étendre leur influence partout dans le monde. De même, les civilisations traditionnelles de l’Asie et de la Chine, si elles sont importantes pour les Asiatiques, n’en constituent pas moins un patrimoine commun de l’humanité et un ferment d’avenir.

Dans ce panorama, Taïwan occupe assurément une place particulière. Trop souvent considérée comme un simple rejeton de la culture chinoise, l’île a été longtemps méconnue. En fait, la culture taïwanaise se caractérise par un mélange de tradition et de créativité. Elle s’inscrit certes dans la sphère culturelle chinoise, mais avec des traits propres. Comme chacun ici le sait, la culture traditionnelle a mieux été préservée à Taïwan que sur le continent chinois. Ainsi, c’est à Taïwan qu’ont pu se perpétuer et se renouveler l’"Opéra de Pékin" et le genre musical Nanguan. Libre et ouverte sur le monde, la société taïwanaise rend possible toutes les innovations créatrices et une grande diversité culturelle. A ce titre, elle joue un rôle de leader au sein du monde chinois. Dans la quête idéale d’un monde culturel sans frontières, on ne peut qu’espérer voir les pays étrangers découvrir Taïwan, connaître mieux et apprendre à aimer sa culture. C’est vers ce but que, depuis de longues années, tendent les efforts incessants du Conseil national des Affaires culturelles. A cet égard, la Fondation culturelle franco-taïwanaise joue un rôle essentiel puisqu’elle permet de favoriser les échanges culturels entre Taïwan et l’Europe. Depuis 14 ans, sous l’égide de l’Académie des sciences morales et politiques, son jury franco-taïwanais examine les dossiers de nombreux candidats et sélectionne des lauréats qu’il récompense et encourage à poursuivre leur œuvre de rapprochement entre Taiwan et l’Europe. Ces lauréats sont un peu des Marco-Polo contemporains qui, en favorisant les contacts et une meilleure connaissance mutuelle, décloisonnent les cultures et enrichissent le fonds culturel commun de l’humanité.

Depuis plus d’une décennie, grâce au travail des « jeteurs de ponts », la visibilité culturelle de Taïwan en Europe n’a cessé de s’améliorer. Les chercheurs et universitaires européens qui ont Taïwan pour objet d’étude sont de plus en plus nombreux au sein des universités et institutions académiques de Taïwan. Dans le domaine artistique, les artistes et les établissements culturels sont désormais internationalement reconnus pour leur professionnalisme et leur créativité. Les plus grands musées du monde intensifient leur coopération avec Taïwan. Les spectacles de danse, théâtre et musique de Taïwan suscitent, partout où ils se produisent en Europe, l’enthousiasme du public et des critiques.

Si les lauréats de la Fondation culturelle franco-taïwanaise, depuis quatorze ans, présentent des profils très différents, ils n’en partagent pas moins un point commun : leur intérêt pour la culture taïwanaise et leurs efforts pour en faire profiter le plus large public possible. Les deux lauréats que nous honorons ce soir ne font pas exception.

En 1998, Bernard Faivre d’Arcier, alors directeur du Festival d’Avignon, a invité plus de 200 artistes de Taïwan, répartis en huit troupes, à se produire dans la Cité des Papes. Il a donné ainsi aux arts vivants taïwanais une occasion unique de se faire connaître sur la scène internationale et aussi d’entamer des échanges fructueux avec l’étranger.

En 1998, Jacques Giès, qui dirige aujourd’hui le Musée Guimet, a été commissaire de la grande exposition « Mémoire d’Empire » au Grand-Palais, qui présentait quelques trésors du Musée national du Palais de Taïwan. Sous son impulsion, un esprit novateur et inventif s’est emparé du très vénérable Musée Guimet. En offrant à un artiste contemporain de Taïwan le magnifique espace de la Rotonde du Musée pour exposer l’une de ses œuvres, le Musée Guimet vient d’apporter une touche de couleur contemporaine au splendide ensemble classique qui le caractérise.

En distinguant ces deux lauréats, le jury de la Fondation culturelle franco-taïwanaise a bien entendu voulu récompenser leurs importantes contributions aux échanges culturels entre Taïwan et la France, mais il a voulu aussi les encourager à poursuivre leur action afin que de plus en plus de Français s’intéressent à la culture taïwanaise.

Ma présence à Paris n’est pas motivée par ma seule participation à la cérémonie de se soir. Je suis venu également pour signer la convention de renouvellement de la Fondation culturelle franco-taïwanaise, convention entre le Conseil national des Affaires culturelles et l’Académie des sciences morales et politiques, qui nous est un partenaire précieux pour susciter et intensifier les échanges culturels avec la France et les autres pays européens.

Au nom du Conseil national des Affaires culturelles, je tiens à exprimer à nouveau ma gratitude à l’Académie des sciences morales et politiques, à remercier tous ceux qui ont bien voulu se joindre à nous ce soir et à féliciter chaleureusement nos deux brillants lauréats.

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Remerciement de Monsieur Bernard Faivre d'Arcier,
Président des Biennales de Lyon (Danse et Art contemporain), Conseiller artistique du Festival "Automne en Normandie", lauréat d'un Prix 2009 de la Fondation culturelle franco-taïwanaise

Monsieur le Ministre,
Monsieur le Secrétaire perpétuel,
Monsieur le Chancelier
Messieurs les Secrétaires perpétuels,
Mesdames et Messieurs les Académiciens,
Monsieur le Représentant,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs les Sénateurs,
Mesdames et Messieurs,

Je suis très heureux et très fier d’avoir pu contribuer à faire connaître au public français les formes diverses du spectacle vivant à Taïwan. Formes me rappelle l’adjectif par lequel l’Occident a longtemps désigné l’île formosane dont nous savions peu des contours de sa création contemporaine, laquelle s’est révélée aussi passionnante que riche.

En fait, tout a commencé – comme cela arrive souvent en France – par la cuisine. Plus exactement par la gastronomie. Le tout premier représentant de la diplomatie culturelle taïwanaise, le regretté Mr Chao Ke-Ming, dont je salue la mémoire, eut un jour la bonne idée de me convier à déjeuner. Je le soupçonne d’avoir ainsi eu l’occasion d’ajouter un bon restaurant à une liste soigneusement sélectionnée qu’il n’a cessé d’entretenir pendant son long séjour parisien. Sa curiosité et sa chaleur communicative eurent pour heureuse succession le dynamisme joyeux de Mme Maria Chiu qui n’a jamais cessé de soutenir avec beaucoup d’énergie les relations culturelles entre nos deux pays et qui continue à y œuvrer comme membre du jury de la Fondation culturelle franco-taïwanaise.

C’est elle et son équipe qui, à l’époque, m’ont permis de préparer une large présentation de spectacles taiwanais au Festival d’Avignon 1998. Je ne fus pas le premier professionnel français à présenter des artistes taïwanais ; bien d’autres l’ont fait avant moi et je citerai volontiers Chérif Khaznadar, pionnier des découvertes des arts traditionnels avec son Festival de l’Imaginaire et la Maison des Cultures du Monde, Patrice Martinet pour son Festival Paris Quartier d’Été ou encore Michel Caserta qui invita aussi de son côté deux compagnies chorégraphiques à la Biennale de Danse du Val de Marne. Mais il est vrai que le programme de 1998 eut une grande répercussion. Huit compagnies furent présentes qui dessinaient comme un grand arc de cercle historique reliant le passé artistique de la Chine aux expressions les plus contemporaines de Taipei.

Mon but était alors de donner à réfléchir à la double notion de tradition et de création, comparativement en Europe et en Asie. Le public du théâtre, de la danse et de la musique témoigne, en effet, en France, d’une curiosité croissante envers les grandes formes traditionnelles dès lors qu’il s’agit d’une destination lointaine ; au point de se comporter en ethnologue pointilleux, soucieux de la plus grande duplication historique. C’est ainsi qu’on appréciera la reproduction la plus historicisante d’un Nô japonais, d’une danse bouddhiste coréenne ou d’une pièce d’un maître de marionnettes taiwanais. Imaginons que des prospecteurs de la Mer de Chine viennent nous réclamer un Corneille joué à la chandelle avec des acteurs prononçant avec entêtement les « e » muets, curiosité que seul un Américain de Paris, Eugene Green, a réussie jusqu’alors. En revanche, les directeurs de centres culturels ou de festivals français sont moins attentifs aux créations contemporaines de ces pays lointains comme si la nouveauté, avec ses vagues et ses modes, était l’apanage de la scène européenne. Les arts n’ont pas évolué dans les pays d’Asie en se spécialisant entre musique, danse ou théâtre. Le plus souvent, ces trois disciplines sont mêlées et le sont restées tout au long de leur évolution, devançant ainsi – sans avoir eu à en faire l’effort – le comble de la modernité qui, chez nous, consiste à entrelacer, sous le terme plus ou moins pompeux de transdisciplinarité, ces différents arts.

Taïwan, en 1998, a envahi tous les lieux d’Avignon depuis la chapelle des Pénitents Blancs avec deux théâtres de marionnettes : le théâtre d’ombre Fu Hsing–Ko et Hsiao Hsi-Yuan, jusqu’à la Cour d’Honneur avec le « Roi Singe » dans une production du National Guo-Guang Opera et l’adaptation très judicieuse de « Macbeth » par une star de la scène taïwanaise (j’ai cité Wu Hsing-Kuo), sous le titre de « Désir de royaume » ; en passant par « Les Voix de l’océan », création mondiale du U-Theater dans la carrière de plein air de Boulbon ou encore « Miroir de vie » – le premier volet d’un beau triptyque de Mme Lin Li–Chen au Cloître des Célestins ou encore la musique Nan-Guang et les danses anciennes de l’ensemble Han Tang Yue-Fu sous les platanes du Musée Calvet.

« Le succès fut considérable et reste dans la mémoire des Taiwanais emblématique d’une période faste de la présence taiwanaise en France ». Ce n’est pas moi qui le dit, mais André Ladousse, inspecteur général des affaires culturelles, dans son remarquable rapport de décembre 2008 d’évaluation de la coopération culturelle, artistique et audiovisuelle franco-taiwanaise. En tout cas la programmation d’Avignon a eu pour effet de créer un courant quasi constant d’invitations ou de coopérations artistiques entre les deux pays.

Ainsi en 2000, la Biennale de la Danse de Lyon a présenté cinq compagnies de danse taiwanaise sélectionnées par Guy Darmet, lequel est notamment devenu un supporter fidèle de la compagnie de Mme Lin Li Chen qu’il a invitée à plusieurs reprises. D’autres coopérations se sont poursuivies notamment avec le metteur en scène Lukas Hemleb et la compagnie du Han-Tang Yue-Fu.

Ces échanges artistiques n’auraient pu être rendus possibles sans le dynamisme affiché par le Centre Culturel de Taïwan en France (un dynamisme relancé récemment par la venue de M. Chen Chih-Cheng (sous l’autorité du représentant de Taiwan en France, M. Michel Lu), toujours utilement relayé au plus haut niveau par les Ministres de la culture, plus précisément les Présidents du Conseil National des Affaires Culturelles dont certains, je devrais d’ailleurs dire plutôt « certaines », ont fait la preuve d’une francophilie remarquée et honorée en France. Je pense notamment à Mme Tchen Yu-Chiou qui était encore, jusqu’à il y a peu, la Présidente du Centre Culturel National Chiang Kai–Chek, poste éminent auquel vient d’être appelé, ai-je entendu dire, M. le Ministre Kuo Wei-Fan, membre du jury de la Fondation culturelle franco-taïwanaise.

Je ne décrirai pas la constance et l’épaisseur des échanges culturels franco taiwanais qui ont résisté aux crises économiques ou financières car les autorités taiwanaises se sont toujours montrées généreuses dans le financement des voyages des artistes ou dans les invitations lancées à des directeurs français de festivals. Cela est le témoignage de l’intérêt que les plus hautes autorités, à commencer par le Président de Taiwan, portent à la culture et à ses moyens.

C’est pourquoi des deux côtés – français et taiwanais – les échanges se poursuivent à peu près dans tous les secteurs artistiques. Je comprends d’ailleurs que le prix que je reçois aujourd’hui est pour moi un encouragement à vivifier ces échanges. Ce que je n’ai d’ailleurs jamais cessé de faire. Mes fonctions de Président des Biennales de Lyon ou de Conseiller artistique du festival « Automne en Normandie » m’en ont donné l’occasion. « Automne en Normandie », par exemple, a déjà invité à plusieurs reprises cette troupe si originale de danseurs percussionnistes et, j’ajouterai, montagnards, du « U-Theatre » ou encore le « Contemporary Legend Theatre » avec son adaptation du « Roi Lear », « La Déesse de la rivière Luo » (cocréation de Han Tang Yue Fu et de Lukas Hemleb) et cela va se poursuivre puisque Benoît André, le jeune directeur du festival, se propose d’inviter dès que possible « Le Grand Voyage » opéra produit par le Centre Chiang Kai–Chek dans une mise en scène de Bob Wilson.

Taiwan convie régulièrement des spectacles de ses artistes à venir se présenter en France, soit au Centre Culturel de la rue de l’Université ou bien à la Maison des Cultures du Monde, et même au théâtre Mouffetard, ou encore dans le Off avignonnais et j’eus l’occasion, l’été dernier, d’y faire des découvertes dans ce lieu plein de charme qu’est la « Condition des Soies » – un nom qui fut donné jadis à un vieil édifice pour y traiter les vers à soie des mûriers d’Avignon, eux-mêmes venus de Chine-.

J’ai cité là beaucoup de noms de personnes parce que je crois que les échanges artistiques reposent beaucoup sur des complicités et des amitiés que des personnalités entretiennent, convaincues de l’importance de l’art et de la culture pour la vie en société. Voici, en effet, un domaine où l’action personnelle est capitale. Ce qui veut dire que le prix que je reçois aujourd’hui est d’abord le signe de la reconnaissance par le jury de la Fondation culturelle franco-taïwanaise des découvreurs artistiques et que c’est également une marque d’encouragement à poursuivre ces courants d’échanges dans l’avenir. Mon récent séjour à Taiwan m’y pousse volontiers car nous avons encore bien d’autres artistes taiwanais à découvrir et cela ira tout naturellement de pair avec ce qui se passe dans les domaines des musées, des arts plastiques, de la coopération linguistique, des échanges littéraires, ou encore du cinéma.

Le réseau des scènes nationales et des festivals en France est, en tout cas, tout à fait disposé à inviter, à coopérer, pour peu que soit donnée l’occasion de découvertes. Croyez que je me sens investi par l’honneur qui m’est fait d’une mission particulière, avec l’aide des services culturels français à Taïwan et taïwanais à Paris, de développer les échanges artistiques entre nos deux pays dans le domaine qui m’est cher : le spectacle vivant.

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Remerciement de Monsieur Jacques Giès,
Directeur du Musée national des arts asiatiques Guimet , lauréat d'un Prix 2009 de la Fondation culturelle franco-taïwanaise

Monsieur le Président du Conseil national des Affaires culturelles de la République de Chine à Taïwan,
Monsieur le Secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences morales et politiques,
Monsieur le Chancelier,
Messieurs les Secrétaires perpétuels,
Mesdames et Messieurs les Académiciens,
Monsieur le Représentant,
Mesdames et Messieurs les Membres du Jury de la Fondation culturelle franco-taïwanaise,
Chers Collègues et Amis,

Le musée Guimet, tout ensemble, est très honoré de recevoir le Prix 2009 de la Fondation culturelle franco-taïwanaise, et vous en remercie. C’est un prix dont nous sommes d’autant plus heureux et fiers qu’il récompense une profonde amitié qui nous unit à Taïwan depuis plus de vingt ans maintenant.

Une amitié, née et entretenue grâce à la riche coopération culturelle et scientifique que nous partageons avec Taiwan dans un esprit de reconnaissance mutuelle.

Le corps scientifique, les services et moi-même avons toujours relevé la qualité des échanges scientifiques avec nos collègues taïwanais. En toutes occasions, ils nous ont fait l’honneur d’un chaleureux accueil et d’une réception attentive à nos travaux, exposés, présentés à l’occasion de conférences, de séminaires, voire même de cours universitaires : à Taipei au Musée national du Palais, au Musée national d’Histoire ou encore à Tainan, à l’Université chinoise des Arts, pour ne citer que ces institutions.

Guimet a été présent à Taïwan par sa participation à des expositions, dont je ne citerais, à titre d’exemple, que Terre de neige, de glace et d’ombre. Dix siècles d’histoire de la céramique chinoise à travers les collections du musée Guimet, organisée en 1999 au Musée national d’Histoire à Taipei et dont le commissariat conjoint avait été assuré par Monsieur Wan-chen Chang, conservateur au musée d’Histoire, et Monsieur Jean-Paul Desroches, son collègue au musée Guimet. Je mentionnerais également l’exposition From the Forgotten Deserts – Centuries of Dazzling Dunhuang Art, toujours au Musée national d’Histoire, en 2005, pour laquelle le musée Guimet avait accepté le prêt le plus important jamais consenti à l’étranger de peintures et textiles de Dunhuang relevant du fonds Pelliot du musée Guimet.

Le gouvernement de Taïwan, à travers son Conseil national des Affaires culturelles et plus directement ses grands musées, il faut le dire ici solennellement, a, voici déjà 18 ans, inauguré brillamment ces échanges avec la France et le musée Guimet, en consentant à des prêts exceptionnels, prestigieux. Il demeure bien entendu dans notre mémoire l’exposition historique, exposition patrimoniale : Trésors du Musée national du Palais, Taipei. Mémoire d’Empire, présentée aux Galeries nationales du Grand Palais à Paris, en 1998-1999. Le Gugong bowu yuan (Musée national du Palais) accédait, en 2006, à nouveau généreusement à un prêt d’œuvres majeures du peintre Giuseppe Castiglione pour figurer au sein de l’exposition Les Très Riches Heures de la cour de Chine. Chefs-d’œuvre de la peinture impériale des Qing, au musée Guimet, tandis que la modernité y eut sa place deux ans auparavant dans l’exposition sur le peintre Sanyu (Sanyu, l’écriture du corps). Première exposition consacrée à cet artiste en Occident, cet événement fut notamment rendu possible grâce aux prêts des œuvres provenant en majorité des collections publiques et privées de Taïwan. Très récemment encore, puisque l’inauguration eut lieu il y a deux semaines au Grand Palais, l’exposition La voie du Tao, un autre chemin de l’Etre, Taïwan nous témoignait son indéfectible soutien. Nous nous étions rendus, avec Catherine Delacour, le commissaire de cette exposition, à Taïwan en septembre 2008 afin de solliciter des prêts d’œuvres majeures pour le propos de l’exposition. Là encore, nous avons été accueillis de manière admirable par nos collègues taïwanais et nous avons eu la très heureuse surprise de voir toutes nos demandes de prêt d’œuvres acceptées, œuvres qui ne sortent de Taïwan qu’à titre exceptionnel.

C’est aussi d’une autre manière tout à fait vivante et animée que Taiwan entre à Guimet, sur la scène de son auditorium par exemple, qui a programmé en 2006 un formidable cycle intitulé Ilha Formosa, dont l’ouverture a constitué un véritable événement par la présence du très grand cinéaste Taïwanais, Hou Hsiao Hsien. C’est grâce au concours actif et précieux du gouvernement Taïwanais et, surtout du Centre culturel de Taiwan à Paris, que de nombreux films inédits, fictions et documentaires, ont pu être montrés à plus de 7000 spectateurs. Le trio Mei Li De Dao, constitué pour l’occasion, offrit au public Français un concert de musique traditionnelle Taïwanaise, dont les spécificités encore trop méconnues étaient ainsi révélées.

La vivante et dynamique Taïwan s’est également exprimée à Guimet à travers ses arts contemporains. C’est en effet avec un artiste plasticien de grand talent, Hung-Chih Peng, né à Taoyuan, que nous avons inauguré la nouvelle politique d’ouverture aux arts contemporains que j’ai souhaitée dès ma nomination à la tête du musée. Je suis aujourd’hui très heureux de vous annoncer que le prix de la Fondation culturelle franco-taïwanaise sera consacré à l’acquisition d’une vidéo de cet artiste.

Pour ce qui est du futur maintenant. Nous entendons poursuivre, résolument, sur cette même voie de partenariat. Nous envisageons en 2012 une saison Taïwanaise au musée Guimet, en collaboration avec le Centre Culturel de Taiwan à Paris. Elle sera l’occasion d’une vaste rétrospective sur l’art des peintres et des calligraphes modernes et contemporains de Taïwan, à qui nous donnerons tous les espaces du musée.

Nous avons également de grands projets de collaboration multi-annuelle avec le Musée national du Palais de Taipei : deux grandes expositions pour lesquelles le musée Guimet prêtera ses chefs-d’œuvre s’annoncent. Ceux de Dunhuang tout d’abord pour une grande manifestation sur ce thème, mais aussi 51 pièces majeures de la collection d’art Khmer, véritable fleuron du musée Guimet, qui rejoindront Chiayi pour l’exposition d’ouverture de l’Antenne du sud du Musée national du Palais. Et Pierre Baptiste, conservateur de la section Asie du Sud-est, a été invité en qualité de commissaire de cette exposition.

Enfin, Taïwan sera définitivement chez elle au musée Guimet grâce au Cercle des Amis du musée Guimet de Taïwan qui est en cours de constitution. Ce cercle sera présidé par le collectionneur Docteur Tsao, et réunira un certain nombre d’autres grands collectionneurs et amateurs d’art asiatiques Taïwanais, tels les membres de la Société Chin Wan.

Je souhaiterais terminer en remerciant de nouveau Monsieur le Ministre et tous nos partenaires taïwanais, le directeur et les équipes du Centre Culturel de Taïwan à Paris pour l’amitié qu’ils nous ont toujours manifestée, l’Académie des sciences morales et politiques et bien sûr l’ensemble des équipes du musée Guimet sans lesquelles nous ne recevrions pas ce prix aujourd’hui.

Je vous remercie de votre attention.

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